Comprendre les mots nouveaux avec M. Heureux et Mme Bonheur (4 stratégies + 1 activité + 1 référentiel)


La lecture peut être amusante mais aussi embêtante pour certains élèves. Lorsqu'on lit, on met en pratique plusieurs mécanismes qui nous aident à décoder les mots sur la page mais aussi à en faire un sens. Que font nos élèves lorsqu'ils rencontrent un mot nouveau? Je vous propose ici 4 stratégies efficaces, une idée d'activité ludique et éducative à faire avec vos élèves et, je vous donne le référentiel pour élève gratuitement.

Le Ministère de l'éducation de l'Ontario a publié son merveilleux Guide d'enseignement efficace en matière de littératie, de la 4e à la 6e année en 2007. Le fascicule 7, qui parle de lecture, présente entre autres des Stratégies de dépannage (p. 43) pour aider l'élève lorsqu'il rencontre un mot ou une idée qu'il ne comprend pas. Notez bien : Bien que le guide se concentre sur des stratégies pour les élèves de 9 à 11 ans, ces stratégies sont si essentielles et nécessitent beaucoup de rappels jusqu'à la fin des études secondaires. Je les utilise avec mes élèves de 7e et 8e année (12-13 ans).

Je remets toujours un référentiel qui énumère ces stratégies, réunies sous 4 noms de stratégies (grandes familles disons) qui m'ont été présentés lors d'une formation en 2010 (L'enseignement efficace de la littératie, CECCE). Ces 4 stratégies sont :

  • Analyse
  • Relecture
  • Cinéma
  • Connaissances antérieures

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Enseigner les stratégies de dépannage avec M. Heureux et Mme Bonheur

Afin que les élèves comprennent comment utiliser ces stratégies, il est essentiel de faire du modelage (leur montrer comment faire étape par étape) et de l'enseignement explicite (dire à voix haute ce qui se passe dans notre tête ou, mettre des écouteurs sur sa pensée). Voici comment je m'y prends :


  1. Je présente un texte aux élèves. J'ai déjà ciblé certains mots qui, selon moi, ne seront pas compris par la majorité de mes élèves. 
  2. Je lis le texte avec les élèves (je fais la lecture seule, ils le lisent à tour de rôle, etc.).
  3. Je reviens ensuite sur un mot (présélectionné) que les élèves n'ont pas compris. Je parle à voix haute : Je ne comprends pas ce mot. Que puis-je faire pour le comprendre? Les élèves donneront des suggestions, entre autres, de vérifier dans un dictionnaire ou de demander à quelqu'un.
  4. Je présente les stratégies de dépannage et je remets le référentiel aux élèves.
  5. Je reviens à mon mot et sélectionne au moins 2 stratégies de dépannage qui pourraient être efficaces pour le comprendre. Je recommande toujours aux élèves d'utiliser au moins 2 stratégies (sur 4) par mot afin d'éviter les mauvaises interprétations. 
  6. J'explique à voix haute ce qui se passe dans ma tête en faisant référence au texte et à mes connaissances antérieures.

Voici donc un exemple avec des pages tirées du livre M. Heureux et Mme Bonheur de Rogers Hargreaves. 

J'ai planifié cette activité très rapidement un matin avant de déjeuner. J'ai placé les photos dans une Présentation Google.

Eh oui, ce sont mes doigts. Photos prises rapidement, mais l'activité a été un succès malgré cela.
Enseignement explicite et modelage fait par l'enseignante : 

désespéré. 
Que veut dire ce mot?
J'utilise mes 4 stratégies de dépannage pour m'aider.

Analyse :
Je vois le mot espéré, qui veut dire avoir de l'espoir ou vouloir que quelque chose arrive.
Le préfixe « dé » représente le contraire, ou l'inverse.
Donc désespéré veut peut-être dire perdre espoir, ne pas croire que ce que l'on veut arrivera.

Allons vérifier avec une deuxième stratégie pour confirmer que la définition est la bonne.

Relecture :
J'ai trouvé des indices dans le texte. M. Malheureux dit « qu'il donnerait tout au monde pour être heureux » ce qui confirme ma définition du mot espéré ou espoir.
Il dit aussi « Hélas! je suis si malheureux que je ne pourrai jamais être heureux » ce qui confirme ma compréhension du préfixe « dé ».

Désespéré veut donc dire de perdre espoir, de ne pas croire que ce que l'on veut arrivera.

Pendant cette réflexion à voix haute, je prends en note en style télégraphique ma réflexion. J'explique aux élèves qu'il est important de démontrer sa démarche qui, dans ce cas-ci, est sa réflexion pour en venir à une définition. Assurez-vous d'expliquer aux élèves qu'il est tout à fait correct de se tromper. Des fois, nous choisissons une stratégie qui finit par ne mener nul part. Dans ce cas, il n'y a aucun mal à changer de stratégie jusqu'à ce qu'on comprenne le mot.

Dans un travail, les traces écrites de la réflexion de l'élève sont importantes puisqu'elles me permettent de comprendre comment il est arrivé à sa définition. Parfois, la définition ne sera pas tout à fait bonne, mais la réflexion sera logique. Si c'est évalué, je suis en mesure d'attribuer des points à la réflexion.

Voici un exemple de tableau que je demande à l'élève de remplir. À la gauche se trouve le mot, au centre une case pour la réflexion et la définition et à la droite l'élève coche les stratégies utilisées.



Je permets toujours aux élèves d'avoir leur référentiel avec eux. Le but n'est pas de connaître les stratégies par coeur, mais plutôt de savoir les utiliser. Vous verrez, avec le temps et la pratique, ils viendront à ne plus consulter la feuille puisqu'ils les connaîtront bien.

J'utilise ces stratégies depuis plusieurs années et je vous confirme qu'elles fonctionnent bien. L'enseignante doit par contre faire référence aux stratégies tout au long de l'année et faire pratiquer ses élèves sur une base régulière afin qu'ils intériorisent les stratégies. Je vous propose, par exemple, d'en faire comme amorce en début de cours ou au retour de la récréation.

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Pourquoi M. Heureux et Mme Bonheur?

J'ai eu l'idée d'utiliser les livres de cet auteur l'an dernier. En lisant ses livres (traduits de l'anglais dans un français plutôt européen) avec mes très jeunes enfants, j'ai constaté à quel point ils contenaient des mots complexes. J'ai sauté sur l'opportunité d'utiliser ces ressources pour à la fois faire une leçon pertinente avec mes élèves de 7e année, mais aussi faire un clin d'oeil à leur enfance (puisqu'ils ont tous rencontré ces livres durant leur jeunesse).

Bref, comprendre un mot nouveau est un processus de réflexion qui s'enseigne et qui s'apprend. On ne peut pas s'attendre à ce qu'un enfant puisse faire cette réflexion par lui-même. Le modelage et l'enseignement explicite permettent à l'élève de comprendre la démarche pour ensuite intérioriser les stratégies et les utiliser au quotidien. Et maintenant, à vous de trouver une façon amusante de présenter les stratégies de dépannage à vos élèves.

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