L'impact du texting sur l'écriture des jeunes


Le texting affecte-t-il la façon que les jeunes écrivent? Cette question est posée très souvent : entre collègues, aux nouvelles, aux rencontres de parents... Bref, le texting, l'action d'envoyer des messages rapides par téléphone cellulaire, est un phénomène assez récent. Lorsque j'étudiais les Communications à l'Université d'Ottawa plus de 10 ans passés, on n'en parlait pas. Par conséquent, je ne je m'étais jamais vraiment arrêtée pour réfléchir à cette chère question : Le texting affecte-t-il la façon qu'on écrit?



Aujourd'hui, j'ai pris quelques minutes pour écouter une conférence de John McWhorter sur Ted Talks intitulée Txtng is killing language. JK!!!. Son discours m'a vraiment fait réfléchir au sujet des habiletés langagières de mes élèves au niveau de la communication orale et de l'écriture. Je m'explique.

McWhorter dit :
"Une chose est sure : écrire des textos n'est pas du tout écrire." 

Il ajoute que :
"Un texto, malgré le fait qu'il utilise les rouages bruts de ce qu'on appelle l'écriture, est un discours tapé. Voilà ce qu'est un texto. Dorénavant, nous pouvons écrire comme nous parlons."

C'est intéressant comme concept et je suis en accord avec lui. Si je réfléchie à mes propres habitudes en texting, je réalise que j'envoie un message texte au lieu de faire un appel téléphonique. Au lieu d'appeler ma soeur pour jaser de ma journée et de la sienne (elle est aussi enseignante), nous allons nous envoyer des textos. Nous écrivons comme nous parlons. Nous ne sommes pas en train de nous écrire des lettres, on se parle. McWhorter va même aussi loin que parler du fameux lol et de la nouvelle signification qu'il a pris dans nos conversations électroniques.

Et nos élèves là dedans?

Si l'on accepte donc cette idée que le texting n'est pas de l'écriture, mais plutôt un discours tapé, nous réalisons que son impact sur les habiletés de rédaction de nos élèves et minime. Ce ne sont pas du tout les mêmes modes de communication. Il faut donc se pencher sur une autre habileté langagière pour expliquer les difficultés en écriture de nos élèves.

Lorsqu'un élève démontre de la difficulté en écriture, j'observe que c'est souvent attribué à un manque de vocabulaire. L'élève ne parle pas assez souvent en français donc il n'a pas les mots et la syntaxe pour exprimer ses idées. Il est vrai que d'autres élèves peuvent bien s'exprimer à l'oral mais avoir des difficultés en écriture, mais concentrons-nous sur le premier groupe qui, en Ontario français, prend beaucoup d'ampleur. Son besoin fondamental est la communication orale, parler plus souvent.

McWhorter décrit l'importance de la communication orale de la façon suivante :
"Au fond, quand on pense au langage, il existe probablement depuis 150 000 ans, au moins 80 000 ans, et ce qui en a découlé est la parole. Les gens parlaient. C'est ce pour quoi nous sommes probablement génétiquement programmés. C'est ainsi que nous utilisons le plus le langage. 
L'écriture est venue bien après (...) si l'Humanité se résumait à 24 heures, alors l'écriture serait née aux alentours de 23h07. C'est dire à quel point l'écriture est arrivée tardivement. Alors en premier, on a la parole, puis l'écriture qui la rejoint comme une sorte d'artifice."

La communication orale est le premier domaine affiché dans le curriculum de français de l'Ontario. Ceci indique son importance dans le processus d'acquisition de la langue. Pourtant, nous nous attardons beaucoup plus à l'enseignement de la lecture et de l'écriture (et je dois même ajouter la grammaire). Mais à la base, ce que nos élèves ont besoin, c'est de parler.

Bref, ce discours m'a bien fait réfléchir sur la façon dont la communication est en train de changer. Par contre, cela n'influence pas la capacité de nos élèves à écrire de bons textes. Si l'on veut enrichir leur connaissances langagières, il faut se concentrer sur la base, la communication orale. Nous devons donner plus de place à nos élèves pour parler. Nous devons leur donner des modèles (nous devons aussi devenir les modèles) qui s'expriment correctement en français. Nous devons les faire jaser, entre eux, devant le groupe, avec nous. Là est la clé de l'amélioration en écriture.

Voici le discours de John McWhorter :




1 commentaire

  1. Ça fait réfléchir en effet Élise. Merci du partage, je sens que je vais pouvoir faire une belle réflexion (en communication orale) avec mes élèves de 10e année.

    RépondreSupprimer