10 stratégies incontournables pour une gestion de classe efficace


La gestion de la classe est à mes yeux l'élément le plus important à maîtriser comme enseignant. Une gestion de classe efficace favorise l'apprentissage, crée un environnement sécurisant et réduit le nombre d'interventions disciplinaires. Je vous partage ici 10 trucs pour avoir une bonne gestion de classe.


Les nouveaux enseignants d'aujourd'hui entrent dans un système d'éducation où l'on favorise les échanges, la collaboration et l'aménagement flexible. Sans avoir de prime abord une gestion de classe solide, ces initiatives qui sont supposées enrichir l'environnement d'apprentissage viendront y nuire. De là vient l'importance d'instaurer des routines et des règles claires avec vos élèves dès le début de l'année.

Ma carrière jusqu'à présent s'est déroulée dans une école secondaire auprès de préadolescents de 12 et 13 ans. J'ai développé ces stratégies au fil des ans (j'enseigne depuis plus de dix ans), certaines venant de ma tête, d'autres de livres, de formations ou de mes collègues. Les opinions dans le texte sont les miennes et ne conviendront pas nécessairement au style d'enseignement ou aux valeurs scolaires de tous. Utilisez ce qui vous sera utile. Ma clientèle viendra aussi teinter les stratégies que je vous présenterai. Il sera donc nécessaire pour vous d'adapter certains astuces selon le groupe d'âge auquel vous enseignez.

10 stratégies incontournables pour une gestion de classe efficace

1. Créer un lien positif avec ses élèves

Que se soit en les accueillant à la porte lorsqu'ils entrent dans votre classe, en vous intéressant à leurs intérêts ou en les laissant personnaliser leur espace de travail, vous démontrez à vos élèves qu'ils sont importants et qu'ils sont respectés. J'aime demander aux élèves de décorer mon babillard en début d'année et j'y affiche aussi des photos de mes groupes. Ils se sentent chez eux dans mon local. Commencer le cours en leur souhaitant la bienvenue (Bon matin! Bon après-midi!) et en leur demandant s'ils vont bien crée un environnement bienveillant. Un élève qui se sent accueilli, écouté et respecté sera plus motivé à respecter votre façon de fonctionner et vos règles de vie.

2. Marcher la classe

On nous apprenait cette stratégie en formation lors de mon entrée en poste en 2007. Et comme elle est précieuse! La proximité règle plusieurs problèmes de discipline. Marcher dans le local pendant que vous parlez ou donnez des consignes garde les élèves alertes. Ils vont tourner la tête ou même tout le corps pour vous suivre des yeux. Durant un temps de travail au siège (seul ou en équipe), circuler entre les pupitres vous permet de voir si les élèves sont à la tâche et fera en sorte que les plus bavards se forceront d'avoir au moins l'air de travailler lorsque vous arriverez à proximité. Si un élève dérange, vous approcher de lui ou vous placer à côté de sa chaise pour donner vos consignes suffira souvent pour qu'il arrête... sans même que vous ayez prononcé son nom.

3. Insister sur le droit de parole

Lorsque vous élaborez vos règles de vie en début d'année, assurez-vous d'adresser le droit de parole. Un enseignant qui a le droit de parole ne devrait pas se faire interrompre par un élève. Si un élève choisit de parler lorsqu'il n'a pas le droit de parole, je m'arrête, je le regarde et je lui pose la question suivante : Qui a le droit de parole?. Habituellement, c'est suffisant pour qu'il se taise.

J'utilise aussi le non verbal pour démontrer à un élève qu'il parle sans avoir le droit de parole. Les élèves aiment poser des questions sans lever la main. Si un élève m'adresse la parole sans avoir levé la main, je le regarde, sans rien dire, et je lève ma main (pour lui indiquer qu'il devait lever sa main avant de parler). Je porte ensuite mon attention vers un autre élève qui a la main levée, pour finalement revenir au premier élève s'il a compris qu'il devait lever sa main.

Une enseignante lors de mon premier stage en enseignement m'avait démontré l'importance de ne pas répondre aux commentaires gratuits des élèves (si un élève parle sans avoir levé la main où lors d'un moment inapproprié). J'avais constaté à quel point je répondais souvent aux élèves qui n'avaient pas le droit de parole, surtout à ceux qui commentaient ou posaient des questions au sujet du travail. Cela ne faisait que confirmer aux autres que le droit de parole n'était pas important et que tout le monde pouvait parler quand il le souhaitait. En faisant cette prise de conscience, j'ai pu ajuster ma façon de faire et j'ai vu des résultats positifs.

Les règles d'or sont à la vue de tous dans mon local.

4. Limiter les déplacements

J'ai une règle claire en classe : tu restes assis à ta place lors des instructions et pendant les capsules d'enseignement. Si un élève doit se lever durant ce temps, il doit lever la main et demander la permission. Durant les temps de travail au siège, je permets aux élèves de se lever pour se moucher, tailler leur crayon, aller chercher une ressource ou me poser une question.

Par contre, dans un groupe plus turbulent ou lors d'une journée plus mouvementée, ma règle change un peu et les élèves doivent demander la permission de circuler même durant ces moments. Si l'enseignant marche la classe, il peut facilement répondre aux questions des élèves sans qu'eux aient à les trouver, enlevant le besoin de se lever.

Avec mes préados, une classe peut facilement devenir un zoo si nous ne limitons pas les déplacements. Un attroupement devant le taille crayon, une chorale de nez qui se mouchent près de la poubelle, une bataille de manuels scolaires près des étagères, un ordinateur échappé par terre... Gardez en tête que j'enseigne des cours de 60 minutes après lesquels mes élèves ont 7 minutes de pause pour socialiser et se rendre à leur prochain cours. Je leur permet tout de même de circuler durant des transitions (entre les travaux), parfois un petit groupe à la fois selon les élèves. De plus, si je sens mes élèves plus agités que la norme une journée, je mets une bonne chanson et ils peuvent se lever, s'étirer et (pour les braves) danser.

5. Être conséquent

L'élève doit comprendre les règles d'or de la classe. Faites-y référence souvent (affichez-les!). Il doit aussi comprendre quelle conséquence se rattache à ses mauvais choix. Parlez-en et soyez constants. Chaque mauvais choix a sa conséquence et celle-ci est appliquée de façon constante, peu importe l'élève, à chaque fois qu'il se produit. Cela demande beaucoup de concentration et d'énergie de votre part, surtout en début d'année, mais ça en vaudra le coup une fois votre gestion de classe établie. Vous vous féliciterez en février lorsque vos élèves seront encore à l'ordre et respectueux.

Au lieu de toujours punir les élèves pour leurs mauvais choix, récompensez-les pour leurs bonnes actions. J'utilise un système de renforcement depuis 2008 qui fonctionne à merveille avec mes élèves. Vous savez, plus ils sont tannants, plus ils ont besoin de renforcement positif (et d'amour). Félicitez-les lorsqu'ils font un bon coup.

Mon système de renforcement positif en action. Les élèves en sont déjà à leur deuxième feuille.

6. Communiquer avec les parents

Une communication ouverte entre l'école et la maison est essentielle. Établissez un premier contact le plus tôt possible, que ce soit à une soirée d'information ou dans une lettre de bienvenue. Communiquez avec eux lorsqu'il y a un problème ou lorsque vous avez des inquiétudes. Selon moi, un parent devrait être avisé si son enfant manque de respect en classe ou s'il peine à compléter ses travaux. Savez-vous quel est mon truc avec les élèves difficiles? Je communique avec les parents de façon régulière, en faisant un effort de souligner les bons coups. J'ai un élève en tête justement, à qui j'ai enseigné il y a quelques années qui était assez problématique. À force de le féliciter et d'envoyer des courriels positifs à ses parents lorsqu'ils avaient une belle journée, j'étais devenue sa meilleure alliée. Essayez-le, vous verrez la différence!

7. Donner des consignes claires

Avant de mettre les élèves à la tâche, assurez-vous que vos consignes soient claires. Écrivez-les au tableau (numérotez-les, c'est encore mieux). Affichez les référentiels qu'ils peuvent utiliser pour avoir plus d'information à l'écran ou à l'aide d'une aimant sur le tableau. Ils pourront les retrouver plus facilement dans leur cartable. Si vous avez oublié de donner une consigne et que vous voulez interrompre leur temps de travail, assurez-vous d'avoir le silence et l'attention de tous avant de parler. Sinon vos propos risquent d'être compris seulement par quelques uns.

Au lieu de lever la voix ou d'éteindre les lumière lorsque je veux leur attention une fois qu'ils travaillent en équipe, j'utilise ma phrase du silence : Si tu m'entends, lève la main. Je la répète deux ou trois fois et, habituellement, j'ai l'attention de tous. Je dois par contre parfois ajouter la phrase suivante : Si tu as la main levée, garde la bouche fermée.

8. Utiliser une minuterie

Pour être engagés et rester à la tâche, un élève doit connaître les deux choses suivantes :
1. Qu'est-ce que je dois faire?
2. Combien de temps ai-je pour le faire?

Une fois vos consignes données et inscrites au tableau, affichez une minuterie à l'écran ou utilisez un sablier pour délimiter le temps de travail. Ce truc est fantastique lors des travaux d'équipe. Les élèves ont plus de chances d'avoir un produit final s'ils ont reçu une contrainte de temps. Sans contrainte, ils risquent de socialiser et votre travail, aussi intéressant qu'il soit, passera au deuxième plan.

Je mesure parfois le temps de travail en chansons au lieu de minutes : Vous avez deux chansons pour corriger votre dictée. Par contre, avec mes groupes plus agités ou plus facilement distraits, j'évite de le faire trop souvent. La musique pour certains est une distraction qui fait aussi augmenter le volume du bruit dans le local.

9. Aménager la classe selon votre style d'enseignement et vos besoins

Un nouvel enseignant, selon moi, devrait premièrement établir une gestion de classe solide avant de s'aventurer dans l'aménagement flexible. Il n'y a rien de mal à placer les pupitres de façon plus traditionnelle le temps d'apprendre à connaître vos élèves. Des pupitres collés deux par deux ou même placés en rangées aideront les élèves à éviter les distractions, à être mieux attentifs durant les consignes et à rester concentrés durant les tâches individuelles. Les meubles peuvent facilement être déplacés temporairement pour une activité de groupe. L'aménagement de la classe n'empêche pas les activités pédagogiques qui peuvent y avoir lieu.

Faire la gestion de classe lorsque nos élèves sont assis en groupes de quatre, ou encore lorsqu'ils n'ont pas tous un pupitre, est un grand défi, même pour les enseignants chevronnés. Pensez-y bien. Optez peut-être pour un aménagement plus flexible après les vacances de Noël lorsque les élèves comprendront mieux vos normes de fonctionnement ou lors d'activités spéciales durant l'année. À chacun son style. Découvrez le vôtre avant de vous aventurer dans de gros projets.

Faites la tournée de ma salle de classe pour voir comment j'assigne les places lors des premières semaines d'école.

Il est aussi une bonne idée d'assigner des places. Celles-ci peuvent changer à chaque mois si vous le voulez. Toutefois, un préadolescent sociable doit comprendre que choisir son espace de travail est un privilège. Le but premier de la salle de classe est l'apprentissage. C'est le rôle de l'enseignant de choisir un plan de classe qui facilitera la concentration et favorisera l'apprentissage de ses élèves. S’asseoir avec son ami n'est probablement pas le meilleur choix. En ayant des places assignées, vous assurerez aussi un meilleur suivi avec vos suppléants lors d'une absence. Vous pourrez aussi utiliser le choix de place comme récompense durant l'année (journées spéciales, fin de mois, activités en équipes, etc.).

Mes plans de classe sont affichés à l'avant, accessibles pour les élèves et les suppléants.

10. Planifier les débuts et les fins de cours

Lorsqu'un élève entre dans ma classe, il sait ce qu'il fera durant la période grâce au menu du jour. Il sait aussi ce qu'il doit faire au son de la cloche puisque j'inscris une consigne au tableau sous une grosse image de cloche. Cette consigne est assez simple, demandant aux élèves de sortir une feuille, d'aller chercher leur ordinateur ou même de continuer un travail déjà entamé. On peut aussi afficher des activités relais ou des énigmes qu'ils peuvent compléter dans un cahier à cet effet ou sur des cartes. Choisissez ce qui vous convient le mieux. Chose certaine, cette pratique fait en sorte que le cours commence par lui-même, sans que vous ayez eu à demander à vos élèves de se taire. Pour renforcer cette routine de début de cours, j'utilise mon système de récompense. Les élèves s'habituent durant les premières semaines scolaires.

Ayez aussi des activités pour vos élèves lorsqu'ils finissent un travail, sinon, certains se feront un plaisir de déranger les autres. J'ai un cahier d'activités (mots croisés, sudoku, dessin, énigmes, etc.), des revues et des mini-romans à cet effet. J'encourage aussi les élèves à s'avancer dans leurs devoirs ou à faire de la lecture personnelle. J'indique souvent l'activité de fin de cours au tableau, à la suite de mes consignes pour un travail. Cette stratégie est particulièrement importante lors d'une évaluation, pour vous assurer que les plus rapides soient occupés et silencieux jusqu'à la fin du temps alloué.

Il y a toujours une consigne au tableau, sous la cloche, lorsque les élèves entrent en classe.

Mon cartable d'activités et les mini-romans pour les élèves qui terminent leur travail tôt.

Bref, nous avons tous un style d'enseignement différent. Comme jeune enseignante en début de carrière, c'était mon organisation, ma fermeté et ma constance qui m'ont permis de survivre. Je n'étais pas parfaite et je suis loin de l'être encore aujourd'hui. Je m'adapte à chaque groupe et aux changements dans le système scolaire. Certains jours je suis moins patiente, d'autres je suis moins conséquente (surtout si j'ai soigné un enfant malade une grande partie de la nuit). Cependant, les élèves seront plus stables et profiteront moins de moi ces jours là s'ils connaissent et respectent déjà mes normes de fonctionnement. Parce que, dans le fond, c'est ce qu'on cherche à établir dans notre salle de classe : le respect. Grâce à une gestion de classe gagnante, nous allons créer un environnement où règne le respect, pour nos élèves, mais pour nous aussi.

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